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Raison d’être
Lorsque je m’arrête et me demande la raison d’être, pour moi, de ce voyage de marche vers Compostelle, il monte en moi qu’il s’agit d’une expérience de découvertes à vivre sur un plus long chemin.
Le chemin de la vie.
Réaliser ce voyage avec une vingtaine de compagnons hommes est pour moi vraiment unique.
Cette exploration au masculin, guidée par des leaders thérapeutes en relation d’aide, eux-mêmes hommes en marche, est un cadeau.
Silence des hommes

J’ai rencontré beaucoup d’hommes dans la vie.
J’ai eu un père, des grands-pères, des oncles, des cousins, des amis, des collègues.
Mais est-ce que je les ai vraiment rencontrés ?
Qu’est-ce que ces rencontres m’ont véritablement fait découvrir sur moi, comme homme ?
Sur les hommes ?
Par leurs paroles et leurs gestes ?
Pendant longtemps, j’ai souffert d’une colère découlant du silence de mon père, lui qui avait une peine immense liée à la perte de son amour, ma mère, qui nous avait quittés lorsque j’avais à peine 4 ans.
Une souffrance « partagée » dans la famille, mais jamais ouvertement exprimée.
Un père présent, mais absent et enfermé dans sa douleur et son silence.
Le silence des hommes qu’il avait appris.
Un silence transmis.
Un silence de quoi ? Du monde intérieur, de la sensibilité et des émotions des hommes.
Un silence, car aucun chemin montré, aucune sensibilité masculine témoignée, aucun mot entendu pour apaiser cette souffrance masculine qui finit par s’enterrer en soi… comme une zone dangereuse à éviter.
Briser le moule

Alors, qu’est-ce qui se transmet, sinon un conditionnement masculin avec son ombre et sa lumière trop voilée…
Lumière que je captais néanmoins en entendant — trop rarement — des hommes matures et sensibles parler d’amour et d’accueil.
Des écrivains, des moines, des chanteurs ou des poètes et, plus rarement, des hommes dans ma société.
Des arlequins qui brisaient le moule.
Cette lumière éveillait une très grande sensibilité en moi, qui me disait qu’il est possible d’être un homme aimant et sensible, et d’avoir une voix masculine qui porte une vie saine pour soi et pour les autres.
Ma soif de cela n’est pas rassasiée, et si ma participation au projet de Nouvelle Voix Masculine peut contribuer à alimenter cette source de lumière et cette voix pour des hommes, des femmes et leurs enfants, j’aurai été utile sur le long cours.
En marche

Marcher vers Compostelle, c’est non seulement aller à la rencontre de territoires qui ont été foulés par des milliers de pèlerins au cours des siècles, mais aussi partager des découvertes avec des compagnons de marche sur l’autonomie affective au masculin.
Tout comme il y a plusieurs chemins pour se rendre à Compostelle, je crois qu’il y a plusieurs chemins pour devenir un homme autonome affectivement.
Chacun prend son chemin.
Parfois, on s’égare.
Et un homme ou une femme nous éclaire, nous guide.
Puis on continue.
On fait ce que l’on peut, bien souvent.
On bataille.
Puis la douceur arrive.
Plus souvent qu’autrement par les pleurs, par la rencontre de cette ombre, de ses émotions qu’il faut accepter, ici et maintenant.
À chaque pas.
Plus on apprend à les vivre avec acceptation et amour de soi, mieux on défriche de nouveaux chemins en soi, des chemins de vie plus douce, plus aimante, plus libre.
Et avoir la chance de marcher avec des compagnons sur ces chemins de liberté.
Une liberté et une autonomie affective au masculin.
— Alain Aubertin
Participant, Vers l’Autonomie Affective au Masculin

