Temps de lecture : 3 minutes
La poussière retombe
Nous sommes bien de retour.
Ça fait un peu plus d’une semaine que les sacs à dos sont défaits, les chaussures rangées et que les corps reprennent comme ils peuvent le rythme du quotidien.
Pendant une douzaine de jours, nous, l’équipe et les marcheurs de VAAM (Vers l’Autonomie Affective au Masculin), avons marché plus de 100 km sur les sentiers de Compostelle.
Nous y avons aussi vécu un intensif de formation, conçu et animé par Yvan Phaneuf, notre directeur et spécialiste du conditionnement masculin.
Chaque jour après la marche, notre groupe suivait des ateliers expérientiels sur la thématique de l’autonomie affective pour les hommes, totalisant 60 heures de formation, en comptant les rencontres préparatoires dans les mois qui ont précédé le voyage.
Par dessus tout ça, chaque journée était filmée pour donner lieu à un documentaire sur l’autonomie affective des hommes.
Plénitude

Nous revenons remplis de paysages, de sourires, de moments de pause, d’apprentissages et d’intensité aussi.
Tout ce que les photos ne peuvent pas montrer : les silences, les inconforts, les frottements relationnels et les conversations qui n’auraient probablement jamais eu lieu ailleurs.
L’envie est forte de tirer de grandes conclusions, de déclarer que ce chemin nous a tous transformés.
Et la réalité de l’expérience humaine est plus lente, complexe et subtile.
Plutôt que d’imposer un sens à cette aventure, nous laissons l’expérience exister en elle-même, en observant le vécu se déposer au rythme de chacun.
L’autonomie affective : entre lien et solitude

Lorsqu’on parle de briser l’isolement, on pourrait croire que le but est d’être constamment en relation.
L’expérience de la marche nous montre que l’autonomie affective, c’est aussi apprendre à reconnaître ses propres besoins d’espace, de silence et de solitude.
Parfois, c’est légitime et sain de vouloir s’isoler pour se ressourcer, de prendre une distance pour mieux revenir à soi.
Le défi, c’est de développer sa capacité à nommer ces besoins avec authenticité, en parlant de soi, tout en préservant le lien avec l’autre.
Pour certains, choisir de marcher un bout du chemin seul est devenu une pratique concrète d’écoute de soi.
Un choix tout aussi important que la chaleur et le plaisir des moments partagés en relation sur le chemin, comme en groupe le soir venu.
Parole de marcheur

Plutôt que d’expliquer l’autonomie affective de manière théorique, on vous propose d’écouter ceux qui l’ont marché.
Un des membres du groupe s’est confié :
« Sur la route, j’ai aimé la randonnée dans le bois, et j’ai fait des choix. J’avais parfois envie d’être seul et contempler les paysages. À d’autres moments, j’allais vers des confrères de marche pour parler de ce que je vivais sur le chemin. Et j’avais aussi le besoin d’écouter mes compagnons. J’ai vu que ma simple écoute nourrissait la relation. Pour moi l’autonomie affective, c’est qu’on a différents types de besoins, pas seulement respirer, manger et dormir. Je vois que je veux prioriser mes besoins affectifs, comme de connexion, de relation humaine. Et que si je ne m’en occupe pas de ces besoins là, ça peut me déprimer. » — Sylvain G
Prendre soin de soi, pour soi

C’est tentant de croire qu’un homme qui chemine, qui travaille sur lui deviendra automatiquement un meilleur partenaire, un meilleur père, un meilleur citoyen.
Si ces répercussions positives peuvent exister, elles ne sont pas une conséquence automatique.
Surtout, elles ne doivent pas être l’unique motivation d’une telle démarche.
Compostelle a mis en lumière une réalité essentielle : les hommes peuvent prendre soin d’eux pour eux-mêmes.
Partir, mettre son quotidien sur pause, écouter son corps… Ce n’est pas pour être plus performant ou plus utile au retour.
C’est surtout s’accorder de l’importance, s’offrir un espace sans avoir à répondre aux attentes de l’entourage.
Juste être là pour soi.
Une marche qui continue

L’aventure de la marche à Compostelle est bien terminée, et l’intégration de l’expérience se poursuit.
Ce chemin légendaire a ouvert une porte sur le besoin de créer des espaces où les hommes peuvent apprendre à se rencontrer eux-mêmes et être en relation autrement.
En mettant en sourdine le conditionnement masculin par exemple, pour nourrir des liens plus satisfaisants avec eux et entre eux.
Nous n’avons pas envie de tout précipiter.
Nous continuons à évoluer dans la même direction, à notre rythme, avec ce qui est déjà solidement ancré pour NVM.
Nous préparons nos prochaines marches en sol québécois et proposons aux marcheurs de poursuivre notre pratique de groupe de parole exclusif.
Avec ces initiatives confirmées, on ne laisse personne en plan, et on se permet de poursuivre l’exploration de l’autonomie affective au masculin, un pas à la fois.
— Éric Bolduc
Directeur des communications et Coordonnateur des opérations

